26 Mai 2012
La lettre de juillet 2009
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[DECISIONNEL] Le design pour la prise décision sur des données complexes
Dossier - la lettre de juillet 2009
DD4D (DATA DESIGN FOR DECISION) OU QUELLE MISE EN FORME DE L’INFORMATION POUR LE DECIDEUR ? D’un côté, les producteurs d’information tentent de rendre compte de la complexité croissante du monde. De l’autre, le destinataire, qu’il soit simple utilisateur ou décideur, est noyé dans l’information mais privé de savoir. Le congrès DD4D a réuni un ensemble de designers, de consultants et de chercheurs pluri-displinaires du monde entier sur cette question essentielle de la mise en forme de l’information pour le décideur.
Par Dominique Moisand, Guide Informatique
Par Dominique Moisand, Guide Informatique
Les bases de la révolution industrielle du 19° siècle nous ont durablement façonnés. Dans ce monde stable, prédictif et mesurable, le processus de décision est essentiellement analytique. Pour résoudre des problèmes complexes, envoyer une fusée sur la lune par exemple, le découpage en parties ramène au cas précédent. Dans l’entreprise, on a cherché à proposer aux décideurs des tableaux de bord synthétiques et globaux afin de faciliter l’information et la décision (BSC, triple bottom line, etc.). Mais nous voilà débordés à nouveau, d’un côté par le périmètre à appréhender (multi-culturel, multi-pays, multi-industrie) et de l’autre par l’émergence d’une régulation croissante, le tout avec des exigences de développement durable.
La question complexe était au cœur des débats du congrès DD4D (Data design for Decision) qui s'est tenu du 18 au 20 juin à l’OCDE à Paris. Elle préoccupe aussi bien les décideurs que les informaticiens, les statisticiens ou les infographistes : comment utiliser le visuel pour faciliter la décision sur des données complexes ?

Source : Julian Jenkins
Le graphique de Julian Jenkins rend compte du paysage du décideur. En y ajoutant la crise financière actuelle, on est presque complet ! Il faut se rendre à l’évidence, le volume de l’information à prendre en compte devient un risque à lui seul. N’est-il est pas temps de revoir les paradigmes qui sous-tendent notre manière d’organiser la connaissance et de prendre les décisions ?
Pour les décideurs de haut niveau, il semble que nous arrivions à la limite du modèle analytique, lequel a toujours sa place domaine par domaine, comme la fabrication, la logistique et un grand nombre de tâches opérationnelles mais montre ses limites dans un environnement mondialisé et imprédictible.
Nous voilà d’un coup en train de revisiter le passé pour construire le futur : comment faisait-on avant la production de masse de l’information ? Aristote opposait deux démarches, analytique et rhétorique, en fonction de la question posée. Envoyer une fusée sur la lune relève de la première démarche, elle est logique et devient répétable et optimisée avec l’expérience. Stabiliser la situation au Proche-Orient relève de la seconde, le problème lui-même est difficile à poser, la solution est sans doute multiple et, si on la trouve, elle ne s’appliquera probablement pas ailleurs.

Source : Julian Jenkins
Dans le monde professionnel, il faut pouvoir manier les deux démarches. Le marketing, par exemple, prend en compte de nouveaux facteurs clés de succès basés sur le rapport émotionnel entre un client et sa marque fétiche, la productivité et de la qualité viennent ensuite. De la même façon, l’intrication de facteurs humains et politiques dans la décision amène le manager à se placer sur le champ de la rhétorique. La question est donc de savoir comment aider le décideur à bâtir sa vision du problème et élaborer ses décisions, à partir des informations disponibles.
La représentation visuelle comme aide à la prise en compte d’informations brutes n’est pas nouvelle en soit. Histogrammes et camemberts nous ont permis de combler ce besoin pendant deux ou trois décennies. Mais la complexité nous a rattrapé. Entre le statisticien et l’infographiste s’imposent les disciplines qui font passer l’homme du concret à l’abstrait, du rationnel à l’irrationnel, du détail au global et, enfin de la vision individuelle à la vision partagée.
Ce rôle de passeur est souvent assuré par l’encadrement intermédiaire, c’est sans doute une des compétences clés que l’on attend de sa part. A l’analyse des données sur son domaine, il doit ajouter la touche de communication et de vision qui permet au décideur de clarifier sa stratégie.
Dans des situations de construction de vision commune dans un groupe,, on a recours à diverses techniques, Métaplan, brown papers, illustrations, humour, etc.
Le processus de communication visuelle fait entrer les acteurs dans une démarche rhétorique. Les réponses aux questions ne sont pas uniques, diverses représentations de la réalité amènent à prendre des décisions différentes. Il s’agit d’un processus de création où l’émotionnel entre en scène et décuple les capacités individuelles.
Peut-on outiller et généraliser cette passerelle entre l’information et le décideur ? Pour cela, il est nécessaire de passer du designer, l’infographiste qui met en scène l’information, au meaning shaper, le bâtisseur de sens.
IBM a développé un progiciel, le System S, pour analyser de très importants volumes de données en temps réel. Le System S analyse ainsi en continu de multiples flux de données (météo, cours de bourse, marchés, etc.) et propose des décisions très rapides. Le logiciel est installé à l’Institut Suédois de physique spatiale pour comprendre la météorologie spatiale. Dans le même ordre d’idée, le scientifique anglais Stephen Wolfram a annoncé le lancement de son moteur de recherche intelligent capable de comprendre réellement une question et de mesurer la meilleure réponse à travers les données disponibles sur le Web en faisant converger la série d’informations qu’il receuille. Il aurait ainsi réussi à créer la réponse à la question de façon originale à partir de modèles mathématiques. Bien plus fort que le Web sémantique ? Oui si l’on en croit Nova Spinak le patron de Twine qui a testé Wolfram Alpha.
Ce moteur mathématique peut répondre toute forme de question comme « quelle est la vitesse de vol d’une abeille chargée de pollen? ». Mais les exemples cités relèvent plus du Quid généralisé que de la démarche rhétorique : la question est compréhensible et n’a qu’une réponse.
Pour les bâtisseurs de sens, ces logiciels ne sont que les prolongements infinis de l’approche analytique, rendus possibles par la puissance de calcul et la capacité de stockage des ordinateurs. On peut certes se demander si l’homme sera remplacé par la machine à terme, après tout c’est le cas pour le jeu d’échec, mais il n’y a rien de rhétorique dans tout cela !
Au-delà des logiciels, de nombreux conférenciers ont présenté des réalisations basées sur des méthodes structurantes. C’est le cas de Paul Khan qui travaille sur la pertinence des visions qui mettent en relation l’internaute et l’information sur les sites Internet complexes (pattern that connect). Son exposé détaille un projet réalisé avec l’Institut national de recherche et de sécurité.
Hans Rosling a lui réalisé un logiciel Trendalyzer vendu à Google pour créer Google/trends. Son objectif est de rendre compréhensibles de grandes bases d’information telles que celles fournies par les institutions internationales comme l’OCDE.
Julian Jenkins a mis au point une méthode en 6 étapes pour passer de l’analytique au rhétorique au travers du récit d’une histoire commune.
Attoma, société travaillant pour la RATP sur la conception de la station Châtelet les Halles (750 000 passagers/jour), a présenté son projet qui conjugue la présentation d’informations claires pour les passagers et d’éléments qualitatifs de décision pour la Direction.
Plusieurs interventions ont démontré des utilisations de Google Maps couplant le zoom géographique à un zoom sur les données locales.
Le congrès DD4D a mis en évidence à la fois la nécessité de changer de paradigme dès lors que les décisions à prendre sont complexes et le caractère humain, et forcément artisanal, du cheminement de la création collective. Le métier de bâtisseur de sens pour appréhender de grosses quantités d’information et les partager, semble nécessiter à la fois les talents du designer et ceux du psychologue. La représentation visuelle y jour un rôle majeur. Ces constats ne contredisent pas pour autant les progrès des logiciels basés sur l’analytique.
Il faut sans doute aussi rappeler que la conférence s’adressait aussi bien aux décideurs qu’à l’individu. Les Décideurs, au sens de l’isolement du top management face au poids de ses responsabilités et de la masse des informations à traiter, sont appelés à partager un processus d’appropriation afin d’être partie prenante du passage entre les données brutes et leurs représentations. La représentation visuelle jouera un rôle mais pas exclusivement. Faute de cette appropriation, de cet engagement dans une vision collective, le remède peut être pire que le mal.
Pour l’individu que nous sommes, perdu dans l’immensité (la Toile, la grande ville, les statistiques, les sites Internet), le bâtisseur de sens va préparer une interface visuelle qui sera le résultat d’un travail de créativité intense. Le résultat sera forcément orienté par les objectifs sous-jacents que la démarche contribuera à élaborer.
Dans bien des domaines, c’est donc un grand retour du politique, en tant que fil directeur, qui se prépare. L’exemple de la pandémie redoutée (H1N1) est typique, savoir qu’une série de cas a été détectée ici ou là sera rapidement dépassé, il faudra transmettre une autre vision. Cette vision est basée sur le sens que l'on donne à ces staistiques. Faute de sens à transmettre, le terrain est occupé par du quantitatif que chacun interprète avec sa propre subjectivité avec les risques que celà représente (panique, négligence, par exemple).
Liens utiles :
http://dd4d.net/Speakers/Kahn.pdf
http://www.kahnplus.com/
http://dd4d.net/Speakers/Cheng.pdf
http://dd4d.net/Speakers/Horn.pdf
http://dd4d.net/Speakers/Jenkins.pdf
http://www.secondroad.com.au
http://dd4d.net/Speakers/Rosling.pdf
http://www.attoma-design.com
L’information à prendre en compte est d'une complexité croissante

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Source : Julian Jenkins
Le graphique de Julian Jenkins rend compte du paysage du décideur. En y ajoutant la crise financière actuelle, on est presque complet ! Il faut se rendre à l’évidence, le volume de l’information à prendre en compte devient un risque à lui seul. N’est-il est pas temps de revoir les paradigmes qui sous-tendent notre manière d’organiser la connaissance et de prendre les décisions ?
Analyse ou rhétorique selon Aristote
Pour les décideurs de haut niveau, il semble que nous arrivions à la limite du modèle analytique, lequel a toujours sa place domaine par domaine, comme la fabrication, la logistique et un grand nombre de tâches opérationnelles mais montre ses limites dans un environnement mondialisé et imprédictible.
Nous voilà d’un coup en train de revisiter le passé pour construire le futur : comment faisait-on avant la production de masse de l’information ? Aristote opposait deux démarches, analytique et rhétorique, en fonction de la question posée. Envoyer une fusée sur la lune relève de la première démarche, elle est logique et devient répétable et optimisée avec l’expérience. Stabiliser la situation au Proche-Orient relève de la seconde, le problème lui-même est difficile à poser, la solution est sans doute multiple et, si on la trouve, elle ne s’appliquera probablement pas ailleurs.
Du statisticien à l’infographiste les disciplines passent du concret à l’abstrait

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Source : Julian Jenkins
Dans le monde professionnel, il faut pouvoir manier les deux démarches. Le marketing, par exemple, prend en compte de nouveaux facteurs clés de succès basés sur le rapport émotionnel entre un client et sa marque fétiche, la productivité et de la qualité viennent ensuite. De la même façon, l’intrication de facteurs humains et politiques dans la décision amène le manager à se placer sur le champ de la rhétorique. La question est donc de savoir comment aider le décideur à bâtir sa vision du problème et élaborer ses décisions, à partir des informations disponibles.
La représentation visuelle comme aide à la prise en compte d’informations brutes n’est pas nouvelle en soit. Histogrammes et camemberts nous ont permis de combler ce besoin pendant deux ou trois décennies. Mais la complexité nous a rattrapé. Entre le statisticien et l’infographiste s’imposent les disciplines qui font passer l’homme du concret à l’abstrait, du rationnel à l’irrationnel, du détail au global et, enfin de la vision individuelle à la vision partagée.
Diverses représentations de la réalité amènent à prendre des décisions différentes
Ce rôle de passeur est souvent assuré par l’encadrement intermédiaire, c’est sans doute une des compétences clés que l’on attend de sa part. A l’analyse des données sur son domaine, il doit ajouter la touche de communication et de vision qui permet au décideur de clarifier sa stratégie.
Dans des situations de construction de vision commune dans un groupe,, on a recours à diverses techniques, Métaplan, brown papers, illustrations, humour, etc.
Le processus de communication visuelle fait entrer les acteurs dans une démarche rhétorique. Les réponses aux questions ne sont pas uniques, diverses représentations de la réalité amènent à prendre des décisions différentes. Il s’agit d’un processus de création où l’émotionnel entre en scène et décuple les capacités individuelles.
Peut-on outiller et généraliser cette passerelle entre l’information et le décideur ? Pour cela, il est nécessaire de passer du designer, l’infographiste qui met en scène l’information, au meaning shaper, le bâtisseur de sens.
Un moteur de recherche capable de comprendre la question
IBM a développé un progiciel, le System S, pour analyser de très importants volumes de données en temps réel. Le System S analyse ainsi en continu de multiples flux de données (météo, cours de bourse, marchés, etc.) et propose des décisions très rapides. Le logiciel est installé à l’Institut Suédois de physique spatiale pour comprendre la météorologie spatiale. Dans le même ordre d’idée, le scientifique anglais Stephen Wolfram a annoncé le lancement de son moteur de recherche intelligent capable de comprendre réellement une question et de mesurer la meilleure réponse à travers les données disponibles sur le Web en faisant converger la série d’informations qu’il receuille. Il aurait ainsi réussi à créer la réponse à la question de façon originale à partir de modèles mathématiques. Bien plus fort que le Web sémantique ? Oui si l’on en croit Nova Spinak le patron de Twine qui a testé Wolfram Alpha.
Ce moteur mathématique peut répondre toute forme de question comme « quelle est la vitesse de vol d’une abeille chargée de pollen? ». Mais les exemples cités relèvent plus du Quid généralisé que de la démarche rhétorique : la question est compréhensible et n’a qu’une réponse.
Pour les bâtisseurs de sens, ces logiciels ne sont que les prolongements infinis de l’approche analytique, rendus possibles par la puissance de calcul et la capacité de stockage des ordinateurs. On peut certes se demander si l’homme sera remplacé par la machine à terme, après tout c’est le cas pour le jeu d’échec, mais il n’y a rien de rhétorique dans tout cela !
Des réalisations basées sur des méthodes structurantes
Au-delà des logiciels, de nombreux conférenciers ont présenté des réalisations basées sur des méthodes structurantes. C’est le cas de Paul Khan qui travaille sur la pertinence des visions qui mettent en relation l’internaute et l’information sur les sites Internet complexes (pattern that connect). Son exposé détaille un projet réalisé avec l’Institut national de recherche et de sécurité.
Hans Rosling a lui réalisé un logiciel Trendalyzer vendu à Google pour créer Google/trends. Son objectif est de rendre compréhensibles de grandes bases d’information telles que celles fournies par les institutions internationales comme l’OCDE.
Julian Jenkins a mis au point une méthode en 6 étapes pour passer de l’analytique au rhétorique au travers du récit d’une histoire commune.
Attoma, société travaillant pour la RATP sur la conception de la station Châtelet les Halles (750 000 passagers/jour), a présenté son projet qui conjugue la présentation d’informations claires pour les passagers et d’éléments qualitatifs de décision pour la Direction.
Plusieurs interventions ont démontré des utilisations de Google Maps couplant le zoom géographique à un zoom sur les données locales.
La représentation visuelle joue un rôle, mais pas exclusivement
Le congrès DD4D a mis en évidence à la fois la nécessité de changer de paradigme dès lors que les décisions à prendre sont complexes et le caractère humain, et forcément artisanal, du cheminement de la création collective. Le métier de bâtisseur de sens pour appréhender de grosses quantités d’information et les partager, semble nécessiter à la fois les talents du designer et ceux du psychologue. La représentation visuelle y jour un rôle majeur. Ces constats ne contredisent pas pour autant les progrès des logiciels basés sur l’analytique.
Il faut sans doute aussi rappeler que la conférence s’adressait aussi bien aux décideurs qu’à l’individu. Les Décideurs, au sens de l’isolement du top management face au poids de ses responsabilités et de la masse des informations à traiter, sont appelés à partager un processus d’appropriation afin d’être partie prenante du passage entre les données brutes et leurs représentations. La représentation visuelle jouera un rôle mais pas exclusivement. Faute de cette appropriation, de cet engagement dans une vision collective, le remède peut être pire que le mal.
Pour l’individu que nous sommes, perdu dans l’immensité (la Toile, la grande ville, les statistiques, les sites Internet), le bâtisseur de sens va préparer une interface visuelle qui sera le résultat d’un travail de créativité intense. Le résultat sera forcément orienté par les objectifs sous-jacents que la démarche contribuera à élaborer.
Dans bien des domaines, c’est donc un grand retour du politique, en tant que fil directeur, qui se prépare. L’exemple de la pandémie redoutée (H1N1) est typique, savoir qu’une série de cas a été détectée ici ou là sera rapidement dépassé, il faudra transmettre une autre vision. Cette vision est basée sur le sens que l'on donne à ces staistiques. Faute de sens à transmettre, le terrain est occupé par du quantitatif que chacun interprète avec sa propre subjectivité avec les risques que celà représente (panique, négligence, par exemple).
Liens utiles :
http://dd4d.net/Speakers/Kahn.pdf
http://www.kahnplus.com/
http://dd4d.net/Speakers/Cheng.pdf
http://dd4d.net/Speakers/Horn.pdf
http://dd4d.net/Speakers/Jenkins.pdf
http://www.secondroad.com.au
http://dd4d.net/Speakers/Rosling.pdf
http://www.attoma-design.com
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